lundi 7 mai 2007

Merci Ron Mueck

Dimanche matin. Mes yeux s’ouvrent. Je suis à Ottawa. Chose normale puisque je m’étais endormie là la veille. Programme de la journée : prendre tout notre temps pour faire-l’amour-et-peut-être-déjeuner. Mais encore, visiter l’exposition du talentueux sculpteur qu’est Ron Mueck.

Au menu, au moins deux heures d’attente avant de pouvoir observer les chefs-d’œuvre de réalisme que mon amoureux n’arrêtent pas de me vanter depuis qu’il l’a vu à Londre. Voilà que je m’apprêtais à lancer un commentaire tout bas parce qu’une femme ne cessait de me scruter qu’elle s’avance vers moi. Elle me demande tout bonnement si on attend pour Ron Mueck et je réponds que oui. Elle nous refile deux entrées. Celle-là venait de nous faire économiser 25 douleurs et deux heures de file d’attente. J’aime cette femme !

SI je ne m’abuse, c’était sa première exposition au en terre Canadienne. Il a un don. Celui de reproduire l’homme. Mais encore. On les regarde et on attend simplement qu’il cligne des yeux, qu’il nous parle. Son œuvre parle de l’être humain, des saisons de la vie. Il les raconte en se jouant de leurs expressions et de leurs tailles. Les textures de peau sont parfaites d'imperfections. Tout dans sa façon d'exposer laisse la scène aux personnages. Ils sont grandioses et minuscules. Grandioses comme une tête de bébé immense et minuscule comme une vieille dame aux yeux mi-clos qui se meurt, recroquevillé sous une couverture. Elle mesure au plus 50 centimètres. Comme si elle rapetissait à mesure que la mort la ratrappe.

Sa première œuvre s’appelle Dead Man. C’est son propre père mort qu’il a maquetté. A poil, nu comme un verre, la peau transparente, on scrute son abdomen en attendant un souffle. Ce sont ses propres cheveux qu’il a utilisé pour faire les poils des jambes du mort. Morbide vous dites ? Ouais… Une presqu’ordeur de morgue flotte dans l’air. Fabriquer une telle maquette lui a au moins pris six mois. 6 mois de labeur pour reproduire son propre père sur son lit de mort. Ça fouette !

Juste comme ça, j’en parlerais toute la journée. C’était mieux que bien de faire partie de l’univers de Ron Mueck dimanche dernier, sa dernière journée d’exposition.

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